Pour Stéphanie Sophie Louis, l’école haïtienne actuelle souffre d’un mal profond : elle ne prépare pas à la vie. En sa qualité de politologue, elle analyse le système comme une structure qui échoue à offrir une autonomie pratique aux élèves après 14 ans.

 Dans un entretien accordé à Magik9 ce vendredi 10 avril, Mme Louis appelle à une école « utilitariste », où les matières enseignées sont directement dictées par les besoins de la société. L’objectif est de transformer la réflexion en capacité d'action immédiate, permettant de former des alumni qui ne sont plus de simples diplômés, mais des acteurs engagés du développement national.

 Le créole : un "canal énergétique" et stratégique

Au cœur de cette réforme se trouve la question linguistique, un combat que Mme Louis mène en tant que militante pour la souveraineté intellectuelle. Elle définit le créole comme un « canal énergétique » sous-exploité. Elle dénonce le paradoxe d'un environnement créolophone où l'enseignement se fait dans un français souvent mal maîtrisé par les formateurs, créant une barrière cognitive majeure entre l'élève et la connaissance.

Pourtant, le créole possède une richesse insoupçonnée. Comme le souligne la conférencière, sa structure puise dans l'anglais, l'espagnol, le français et les langues africaines. Loin d'enfermer l'élève, la maîtrise solide du créole est présentée comme un tremplin vers le plurilinguisme. C’est cette flexibilité naturelle qui permet aux Haïtiens de s'adapter aux systèmes internationaux et de maîtriser d'autres langues avec plus d'aisance.

Une vision d'artisane pour une citoyenneté responsable

Le récit éducatif actuel doit muter pour laisser place à la formation de citoyens responsables, conscients de leur histoire. En tant qu'artisane de solutions nouvelles, Stéphanie Sophie Louis insiste sur le fait que l'école ne doit plus être un lieu de domination, mais un espace d'expérimentation.

En intégrant le créole comme langue d'enseignement, le système lève enfin l'obstacle de la compréhension pour se concentrer sur la production de qualité. Cette approche permettrait d'inclure les segments de la population marginalisés par les barrières linguistiques et financières, garantissant ainsi une éducation plus équitable, ancrée dans la réalité haïtienne et prête pour les défis géopolitiques contemporains.